French poem
Caprice
by Saint-Amant (1594–1661)
Tous nos melons sont fricassez : Adieu les plaisirs de la bouche Les cieux, contre nous courroucez, Les font pourrir dessus la couche. Il a tant pleu tout aujourd’huy Que mon cœur en sèche d’ennuy. Pensant à ce desastre insigne ; Et si cette abondance d’eau N’estoit ailleurs propre a, la vigne Je ferais jouer le cordeau.
Qu’extravagant est le destin, Dans sa fatalité secrette, De ne pouvoir plaire à Catin Sans faire dépit à Perrette ! Nos ris sont des autres les pleurs, Nos espines leur sont des fleurs. Si Jacques pert, Thomas y gagne. Le bien dont la France jouit Est le desespoir de l’Espagne, Qui de dueil s’en évanouit.
Mais où m’emporte ce discours ? Je fais icy le philosophe ; Muse colère, à mon secours ! Fourny-moy de plus rude étoffe. Sus, retourne à ces pauvres fruits Qu’un second deluge a destruits Par une horrible violence, Et crie à gozier déployé Qu’après une telle insolence Tu voudrais qu’il eust tout noyé.
Quoy ! cet an bornera ses pas Sans que j’en soule mon envie, Et je ne l’effaceray pas Du nombre de ceux de ma vie ! Si feray dà, je le promets. Il ne s’en parlera jamais, Si l’âge futur m’en veut croire. Oste-toy, six cens trente-deux. Ou ne te montre dans l’histoire Que comme un fantosme hideux.
Que si quelque belle action S’est faite pendant ta durée, Qu’elle passe pour fiction, Ou bien qu’elle soit ignorée, Et qu’au rebours tous les forfaits, Tous les maux que mille ans ont faits. Tous les crimes les plus enormes, Sous les vilains mois ennemis Dont ton chien de règne tu formes Soyent crûs avoir esté commis.
La justice du Ciel n’en pas trop inhumaine En affligant vos yeux, aimable Nerancy : Ils souffrent bien de la peine ; Ils en ont bien fait aussi. Excrement du Parnasse, erreur de la nature… Hibou, pour ton foible œil je luis trop vivement : L’excez de ma lumière est ton aveuglement. Oy donc la verité, qui contre toi despite… Apprend que Maillet parle ainsy qu’on parle aux cieux, Et que, s’il ne parloit le langage des dieux, Il ne pourrait parler de cette Marguerite.
Je ne suis point excrement ; Mais vous estes une beste Qui n’avez dedans la teste Cervelle ny jugement. Ou bien je suis seulement Exerement pour vostre bouche… Ce seroit morceau pour vous Si je l’estois d’aventure, Car un pourceau de sa nature Trouve les excremens doux…
Helas ! Je sens ma peine et ne sais mon peché ! Dedans mes actions mon esprit l’a cherché Sans avoir rien trouvé digne de ce supplice. Mais, bien que sur ma faute il n’ait porté les yeux. J’ay failly : car, estant de la race des dieux, Ma reyne ne pourrait commettre d’injustice. Si Jacques, le roy du savoir, Ne fut curieux de me voir, En voicy la cause infaillible : C’est que ravy de mon escrit, Il crut que j’estois tout esprit. Et par conséquent invisible.
Desportes, du Régnier, Sygongne, Delingendes, Touvant, Motin, La Brosse, Hodet, Monfuron, Bertelot, libertin ; du Montier, Percheron, Ont seu faire des vers plutôt que des légendes. Quand l’illustre Herty fut privé de la vie, Dulot, son fils, pressé d’une plus noble envie Que de veiller, proche de ses tisons. Et borner son empire aux Petites-Maisons… J’ay connu de grands personnages, Je me suis trouvé chez les sages, Où la philosophie abondoit en raison. Mais, ou je sens l’effet de ma raison blessée, Ou la grande sagesse a quitté le lycée, Pour ne plus habiter qu’aux Petites-Maisons.
Encor, si j’estois sain, je prendrois un espieu ; Mais je languis d’un mal qui l’os me cauterise.