Versos French Saint-Amant La Petarrade aux Rondeaux, caprice

French poem

La Petarrade aux Rondeaux, caprice

by (1594–1661)

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Double homonime, et vous, fine equivoque, À jointes mains ma Clion vous invoque Pour fagotter quelque gentil rondeau Qui desarçonne et Victor et Brodeau. Auprès de vous les plus hautes pensées Sont aujourd’huy dans l’estime abbaissées ; Les plus beaux sens, les termes les plus forts, Tous eshanchez, rampant à demy morts, Et le caprice avecques sa peinture, Qui fait bouquer et l’Art et la Nature, Ce fou divin, riche en inventions, Bizarre en mots, vif des descriptions, Ce rare autheur des nobles balivernes, Quoy qu’inspiré du demon des tavernes, N’ose parestre et n’a plus de credit Depuis qu’en cour vostre honneur reverdit. Voyez un peu comme icy tout se change ! Comme du blasme on passe à la louange ! Je vous croyois infames autrefois, Et maintenant je vous donne ma vois ; J’eusse juré qu’au front des seuls theatres Les francs badauts, des farces idolastres, Les sots laquais et les vils crocheteurs, Se montreroient vos seuls admirateurs ; Et cependant, forcé de m’en desdire, Tout le premier j’en estouffe de rire ; Je vous cheris, je vous approuve en vers, Et hors d’Envers j’en veux faire à l’envers. Hymnes sacrez, piteuses elegies. Stances d’amour, joviales orgies, Odes sans pair, doux et graves sonnets, Vous n’estes plus que chants à sansonnets : Un seul rondeau vaut un poëme epique ; Un seul rondeau vous fait à tous la nique, Et l’epigrame, à sa comparaison, N’est qu’un labeur sans rime et sans raison. Ha ! je voy bien qu’en ce siecle malade Pour plaire au goust il faut que la balade, Le chant royal et le gay triolet, R’entrent en vogue et prosnent leur rolet. Je connois bien qu’il faut que l’anagrame, Et l’acrostiche, et l’echo qu’on reclame, Et qui respond si bien au bout du vers, Soient ramenez aux yeux de l’univers ; Qu’en suitte d’eux il convient que l’epistre, Le lay pleurard, le virelay belistre, L’enigme goffe et l’embleme pedant, Sur nostre esprit reprennent ascendant ; Qu’il faut enfin que le diantre on revoye, Que le rebus ses deux LL desploye, Et qu’à son flanc le cocq-à-l’asne aussi Ergottant tout vole et rechante icy. Çà, faisons mieux, barbotons les paroles Que la magie enseigne en ses escoles ; Traçons un cerne et prononçons tout bas : Morric, morruc, tarrabin, tarrabas ; Qu’à ces grands mots, horreur des cimetieres, Sortent en chats grondans par les goutieres Sous la faveur du bon maistre Astarot, Chartier, Cretin, Saint-Gelais et Marot ; Que Des-Accords, en de mesmes fourrures, Rapporte au jour ses plattes Bigarrures, Avec Fauchet, en vain laborieux, Et l’advocat sottement curieux : Mille secrets nous en pourrons apprendre ; Ils nous diront comment il s’y faut prendre Pour fagotter quelque gentil rondeau, Qui desarçonne et Victor et Brodeau. Mais sans besoin ce charme je propose, Puisque, la grace à la metempsicose, On les voit tous ayant la plume en main : Gilles, Le Blanc, Du-Lot et Vieux-Germain.