Versos French Saint-Amant La Plainte de Tirsis

French poem

La Plainte de Tirsis

by (1594–1661)

Listen in the reader

Dans l’horreur d’un bois solitaire, Où malgré l’œil du jour règne en tout temps la nuit Tirsis, loing du monde qu’il fuit, Ne pouvant plus se taire, Chantoit en pleurs le doux et triste sort Qui le livre à la mort.

C’est donc une chose arrestée, Disoit ce pauvre amant plein d’ardeur et de foy, Que je souffre à jamais pour toy, Cruelle Pasithée ! Et que ton cœur, au lieu d’en soupirer, Feigne de l’ignorer !

Tes beaux yeux, les rois de mon ame. Après m’avoir soumis à leur divin pouvoir, Feront semblant de ne point voir Ma vive et pure flame, Et ton oreille entendra sans pitié Gemir mon amitié.

Ha ! rigueur trop longue et trop dure ! C’en est fait, je me rends à ta fiere mercy. En vain ces houlx flattent icy Mes maux de leur verdure, Il faut perir : Amour ne m’offre en eux Qu’un espoir espineux.

Comme il achevoit cette plainte, Un long cry de hybou, douloureux et tremblant, D’un mortel effroy l’accablant, Le fit paslir de crainte ; Et maint aspic, siflant autour de luy. Redoubla son ennuy.

Un ruisseau plein d’inquietude, Murmurant sur le dos d’un aspre et vieux rocher Du mal qu’il avoit à marcher En un chemin si rude, Representoit le lamentable cours De ses penibles jours.

Le tronc noir et sec d’un erable, Par le courroux du ciel foudroyé depuis peu Ne luy presageoit en son feu Qu’une fin miserable ; Tous les objets y sembloient conspirer, Et luy la desirer.