Versos French Saint-Amant Le Barberot, caprice

French poem

Le Barberot, caprice

by (1594–1661)

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J’ay mis aujourd’hui ma vie Entre les mains d’un Anglois, Et j’ai cru plus de cent fois Qu’elle alloit m’estre ravie. Un barberot maladroit, Me charcutant par l’endroit Où s’entonne le breuvage, Vers l’onde au morne rivage M’a presque envoyé tout droit.

Jamais horrible fantosme Ne me donna tant d’effroy ; Jamais aucun tant que moy Ne s’en dut plaindre à saint Cosme. Ce tiercelet d’assassin, Propre comme un marcassin Qui parmy l’ordure grongne, A fait, pour laver ma trongne, D’un pot de chambre un bassin

Sans estaler en bel ordre Bons peignes, ni bons ciseaux, Mon roy des vilains museaux À l’ouvrage a voulu mordre. Un vieux haillon de mouchoir, Fidèle amy du tranchoir, Et tout tacheté de sausses, Dans la fente de mes chausses La lessive a laissé choir.

La puante savonnette Dont le ladre m’a servy Me honnissoit à l’envy De l’eau qui n’estait point nette. Ses doigts, qui m’ont fagotté, Surpassoyent en aspreté Ceux d’un meneur de charrue, Et mainte noire verrue En relevoit la beauté.

Quiconque a veu la peinture D’un singe qui raze un chat Peut avecques du crachat Nous peindre en cette posture. Mes petits yeux, estonnez. Par des regars contournez Lorgnoyent mon tondeur de laine, Et le musc de son haleine Me faisoit tordre le nez.

D’une jambette esbrechée, Comme d’un vil Jean-Flactin, Ce faux et sale mastin M’a la gorge de-hachée. En ce moment, j’avois beau Jurer sur un escabeau Dont l’assiette estait desjointe, Il poussoit tousjours sa pointe, Et rioit de mon tout beau.

Mais s’a bien esté le pire Quand ce Précontat d’enfer A fait approcher le fer Des trous par où je respire : Mes moustaches au poil vieux Le disent à tous les feux D’une façon misérable, Et leur orgueil vénérable Ne menace plus les cieux.

Las ! elles s’en vont en poudre Dès que j’y porte les doigts. Et sentent comme autrefois Phlegre sentit sous la foudre ; Les bigottes des mutins. Aux fiers membres gigantins, Qui grillerent dessus l’herbe, En leur dessein trop superbe Eurent les mesmes destins.

Quand je voy mon pauvre garbe Si matement accoustré, Je voudrois estre chastré, Et donne au diantre la barbe ; Je dis que nature a tort Se m’avoir chargé si fort De cette bourre inutile, Et clabaude en pietre stile Des humains et de leur sort.

Courage ! il faut que j’imite Neuf-Germain par le menton, Laissant croistre ce coton Comme feroit un hermite ; Il faut que doresnavant Il m’ombrage le devant Et me vienne jusqu’aux cuisses, Afin que parmy les Suisses On me revere en beuvant.

Ha ! qu’il vaudrait bien mieux estre Avec eux le verre au poin Que de prendre ycy le soin Et du ministre et du prestre ! Qu’il vaudroit bien mieux, sans dez, Crier masse en possedez, Au moins avecques des hommes, Que d’estre comme nous sommes Parmy des oysons bridez !

Je pers tout en Angleterre, Poil, nippes et liberté ; J’y pers et temps et santé, Qui vaut tout l’or de la terre ; J’y perdy mon cœur, que prit Un bel œil dont il s’eprit, Sans espoir d’aucun remede ; Et je croy, si Dieu ne m’ayde, Qu’enfin j’y perdray l’esprit.

Brave prince dont la gloire Vole par tout l’univers, Voy de mes malheurs divers L’estrange et falote histoire : Je n’ay pas un quart d’escu, La tristesse m’a vaincu, Je ne fay plus rien que geindre, Et, pour m’achever de peindre, Un froncle me vient au cu.