Versos French Saint-Amant Le Cantal, caprice

French poem

Le Cantal, caprice

by (1594–1661)

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Gousset, ecafignon, faguenas, cambouis. Qui formez ce présent que mes yeux resjouis, Sous l’adveu de mon nez, lorgnent comme un fromage À qui la puanteur doit mesme rendre hommage, Que vous avez d’appas ! que vostre odeur me plaist ! Et que de vostre goust, tout horrible qu’il est, Je fay bien plus d’estat que d’une confiture Où le fruit déguisé brave la pourriture ! Par luy la vert ginguet fait la figue au muscat ; Par luy le plus gros vin semble si délicat, Que le piot du ciel, dont on fait tant de conte, S’il estoit blanc, auprès en rougiroit de honte. Je laisse donc à dire, et chacun peut penser De combien du meilleur le pris il doit hausser, Quand on luy donne entrée au milieu d’une bouche Qui sous un tel morceau retourne à l’escarmouche, J’entens au doux conflit qu’à l’honneur de Bacchus Les fameux biberons, à tauper invaincus, Font le verre à la main, sans projet d’autre gloire Que de celle qu’on gaigne à force de bien boire. Franc et noble Marquis, illustre desbauché, Qui t’es dans la grandeur à toy-mesme arraché Pour te livrer sans faste aux plaisirs de la vie. Où parmy les vertus la table nous convie ; Toy, dont la voix unique en traits mélodieux Rend du chantre emplumé le siflet odieux, Sur tout quand ton gozier, humecté de la coupe, Après mille bons mots que maint rot entre-coupe, Se met à celebrer la divine liqueur Qui, passant par chez luy pour visiter le cœur. Le chatouille et l’invite à se montrer seul digne De louer comme il faut ce pur sang de la vigne. M… sans pareil, homme aux nigaux fatal, Où diantre as-tu pesché ce bouquin de Cantal, Cet ambre d’Acheron, ce diapalma briffable, Ce poison qu’en bonté l’on peut dire ineffable, Ce repaire moisi de mittes et de vers, Où dans cent trous gluans, bleus, rougeastres et vers La pointe du couteau mille veines evente Qu’au poids de celles d’or on devroit mettre en vente ! Ha ! qu’il me fait bon voir lors qu’en le furetant J’en decouvre quelqu’une et le crie à l’instant ! Quelle faveur me cuit quand ma langue appastée En enduit mon palais et s’en trouve infectée ! Non, jamais Mascarin, ce seringueur mortel, De son deshabiller ne tira rien de tel, Exhibast-il au jour, comme il me fit nagueres, Entre cent mille outils inconnus et vulgueres, Et parmy cent fatras de haillons, de filets, De pippes à petun, de fusts de pistolets, De savattes, d’appeaux, de tasses, de mitaines, D’onguents à guerir tout jusqu’aux fievres quartaines, D’outres au cuir velu, de peignes ebrechez, De linge foupy, sale, et d’habits ecorchez ; Du vieil oint de blaireau pour faire de la soupe, L’oreille d’un sanglier qu’à coups de hache on coupe, Un lopin de renard, un pasté de guenon, Un cervelas de chien, le rable d’un asnon, Et mille autres fins mets que je ne puis decrire, Sans froncer les nazeaux et m’egueuler de rire. Ô Brie ! ô pauvre Brie ! Ô chetif angelot Qu’autrefois j’exaltay pour l’amour de Bilot, Tu peux bien aujourd’huy filer devant ce diable : Ton beau teint est vaincu par son teint effroyable ; Tu m’es plus insipide auprès de son haut goust Que l’eau ne le seroit auprès du friand moust, Et ta platte vigueur, sous la sienne estouffée, Est de ma fantaisie entierement biffée. Au secours, sommelier, j’ay la luette en feu, Je brusle dans le corps ! Parbieu ! ce n’est pas jeu : Des brocs, des seaux de vin pour tacher de l’esteindre, Verse eternellement, il ne faut point se feindre. Escoute, cher marquis, escoute ton bedon : Je croy que l’animal d’où provient ce beau don, Au lieu du manger frais qui dans les prez se cueille, Ne se nourrit que d’ail, que de tabac en fueille, Que de rhue acre au goust, d’aluyne au suc amer, Qu’il n’estanche sa soif qu’aux plages de la mer, Et qu’au lieu de gruger de la vesce ou de l’orge, De poivre seulement en l’estable il se gorge.