Versos French Saint-Amant Le mauvais logement, caprice

French poem

Le mauvais logement, caprice

by (1594–1661)

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Gisté dans un chien de grabat, Sur un infâme lict de plume, Entre deux draps teints d’apostume, Où la vermine me combat, Je passe les plus tristes heures Qui, dans les mortelles demeures, Puissent affliger les esprits ; Et la nuit si longue m’y semble, Que je croy qu’elle ait entrepris D’enjoindre une douzaine ensemble.

Parmy tant d’incommoditez, Je conte tous les coups de cloche. Et, comme un oyson à la broche, Je me tourne de tous costez. Une vilaine couverture, Relique de la pourriture, Malgré moy s’offre à me baiser Mais, si je luy deffens ma bouche, Je ne sçaurois luy refuser Qu’à mes jambes elle ne touche.

Elle supplante les linceuls, Qui se sauvent dans la ruelle ; Mais, pour fuir cette cruelle, Les pauvrets n’y vont pas tous seuls : Un manteau de laine d’Espagne En ce chemin les accompagne ; Du travail à demy suant, Et sans pretendre à la victoire, Dans un pot de chambre puant ll glisse, et va chercher à boire.

Au clair de la lune, qui luit D’une lueur morne et blafarde, Mon œil tout effrayé regarde Voltiger mille oyseaux de nuit : Les chauvesouris, les fresayes, Dont les cris sont autant de playes À l’oreille qui les entend, Decoupans l’air humide et sombre, Percent jusqu’où mon corps s’estend, Et le muguettent comme une ombre.

Un essain de maudits cousins, Bruyant d’une fureur extresme, Me fait renasquer en moy-mesme Contre la saison des raisins. L’un sur ma main donne en sang-sue ; L’autre sur ma trogne se rue, Me rendant presque tout meseau Je les poursuy, je les attrape, Et sans m’epargner le museau Pour les y tuer je me frape.

Cent rats, d’insolence animez, Se querellent sous une table Où jamais repas delectable N’apparut aux yeux affamez. Là tantost aux barres ils jouent ; Là tantost ils s’entre-secouent. Pipans d’un ton aigre et mutin, Et tantost cette fauce race S’en vient ronger, pour tout festin, Les entrailles de ma paillace.

Une troupe de farfadets Differens de taille et de forme, L’un ridicule, l’autre enorme, S’y demene en diables-cadets ; Ma viziere en est fascinée, Mon ouye en est subornée, Ma cervelle en est hors de soy ; Bref, ces fabriqueurs d’impostures Estalent tout autour de moy Leurs grimaces et leurs postures.

Les rideaux ne m’empeschent point De voir toutes leurs singeries ; Ces infernales nigeries Me font fremir sous l’embonpoint. J’ay beau, pour en perdre l’image, Qui me baille un teint de fromage, M’efforcer à cligner les yeux : L’effroy, me taillant des croupieres, Par un effet malicieux, Change en bezicles mes paupieres.

Maints faux rayons eparpillez En fanfreluches lumineuses, Offrent cent chimeres hideuses À mes regards en vain sillez. Ma trop credule fantaisie En est si vivement saisie Qu’elle-mesme se fait horreur ; Et sentant comme elle se pame, Je me figure en cette erreur Qu’on donne le moine à mon ame.

Que, si je pense m’endormir Dans les momens de quelque treve, Un incube aussi-tost me creve, Et revaut je m’entr’oy gemir ; Enfin mes propres cris m’eveillent. Enfin ces demons s’emerveillent D’estre quasi surpris du jour : Ils font gille à son arrivée, Et la diane du tambour M’avertit que l’aube est levée.

Si je perds bien des maistresses, J’en fais encore plus souvent. Dieux ! que c’est une belle chose Que d’estre aymé et n’aymer point ! Dans le Cocyte se va perdre : (Rime qui sçait rimer en erdre, Je le laisse à plus fin que moy.) De ces larges canons où, comme en des entraves, On met tous les matins ses deux jambes esclaves.