Versos French Saint-Amant Le Bel œil malade

French poem

Le Bel œil malade

by (1594–1661)

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Quand je voy ce bel œil tout en feu comme il est, Où parmy les douleurs le roy des cœurs se plaist De faire sa demeure, Je croy que l’univers est à son dernier jour, Que le ciel se consume, et qu’il faut que je meure, Puis que je voy perir l’objet de mon amour.

En un tel accident je ne m’estonne pas De voir dans ce bel œil ce demon plein d’appas : Rire encore en mon ame : Car, considerant bien sa nature et son jeu, Ce n’est pas un prodige en luy, qui n’est que flame, Qu’il puisse ainsi durer au milieu de ce feu.

J’auroy peur toutesfois qu’en ce sujet de dueil, Mon portrait en petit tiré dans ce bel œil Ne fust reduit en cendre ; Mais sa vertu secrette enseigne à mon penser Qu’estant un diamant, tout esprit doit apprendre Que jamais aucun feu ne le peut offenser.

Si, par une merveille aimable en ce malheur, Ce bel œil retenoit cette ardente couleur Pour me servir de phare, Il passeroit aux yeux des plus sages amans Pour un de ces rubis dont l’eclat est si rare, Qu’il en est plus prisé que tous les diamans.

Son cher frere, affligé de ce que son pareil Luy va donner moyen d’estre appellé Soleil En le laissant unique, Bien plus de passion dedans luy nous fait voir À fuyr cet honneur, qu’il juge tyrannique, Que jadis Phaëton n’en monstra pour l’avoir.

Il pleure, et nul objet ne l’en peut divertir, Comme si par ses eaux il pensoit amortir Les flames trop voisines : On diroit, à le voir respandre ainsi des pleurs, D’un vaze de christal tout plein de perles fines Que l’on renverseroit sur quelque champ de fleurs.