French poem
Stances sur les yeux de Mlle de Vitré
by Saint-Amant (1594–1661)
Beaux yeux innocens et coupables De tant de meurtres amoureux, Clairs objets doux et rigoureux, De quel trionfe allier n’êtes-vous point capables ! En vain mon cœur s’estoit promis, Ô chers et brillans ennemis, De resister contre vos charmes, Il s’allume, il vous rend les armes, Et fait gloire d’estre sousmis.
Ô Dieu, combien la renommée Est injuste à votre splendeur ! Que de rayons si pleins d’ardeur L’adorable merveille au monde est peu semée ! Il faut que l’esclat de mes vers Vous montrant à tout l’univers Éblouisse toutes les ames, Et que je peigne avec des flames Deux nouveaux astres descouvers.
Il faut que dans cette peinture Dont l’art doit estre sans pareil, Un sacrifice du soleil Soit fait à vostre honneur des mains de la nature ; Il faut que les autres beautez, Où vivent ses feux empruntez, S’eclipsent après mon ouvrage, Et que d’un lumineux outrage J’efface toutes les clartez :
Mais, ô vifs tresors de lumiere, Sources d’appas estincelans, Vous poussez des traits si brûlans Qu’à peine soustient-on leur atteinte premiere : À peine, comblé de plaisir, Ay-je l’agreable loisir De voir l’esclair de vos prunelles, Que dans les miennes criminelles Je sens foudroyer mon desir.
Ouy, criminelles je les nomme, Et bien dignes d’aveuglement, D’oser se tourner seullement Vers des objets trop hauts pour les regards d’un homme ; Les dieux seuls peuvent aspirer À la gloire de se mirer En de si precieuses glaces, Et moy, sur de plus humbles traces, À l’honneur de vous adorer.