Versos French Sainte-Beuve Espérance

French poem

Espérance

by (1804–1869)

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Quand le dernier reflet d’automne A fui du front chauve des bois ; Qu’aux champs la bise monotone Depuis bien des jours siffle et tonne, Et qu’il a neigé bien des fois ;

Soudain une plus tiède haleine A-t-elle passé sous le ciel : Soudain, un matin, sur la plaine, De brumes et de glaçons pleine, Luit-il un rayon de dégel :

Au soleil, la neige s’exhale ; La glèbe se fond à son tour ; Et sous la brise matinale, Comme aux jours d’ardeur virginale, La terre s’enfle encor d’amour.

L’herbe, d’abord inaperçue, Reluit dans le sillon ouvert ; La sève aux vieux troncs monte et sue ; Aux flancs de la roche moussue Perce déjà le cresson vert.

Le lierre, après la neige blanche, Reparaît aux crêtes des murs ; Point de feuille, au bois, sur la branche ; Mais le suc en bourgeons s’épanche, Et les rameaux sont déjà mûrs.

Le sol rend l’onde qu’il recèle ; Et le torrent longtemps glacé Au front des collines ruisselle, Comme des pleurs aux yeux de celle Dont le désespoir a passé.

Oiseaux, ne chantez pas l’aurore, L’aurore du printemps béni ; Fleurs, ne vous pressez pas d’éclore : Février a des jours encore, Oh ! non, l’hiver n’est pas fini.

Ainsi, dans l’humaine vieillesse, Non loin de l’éternel retour, La brume par moments nous laisse, Et notre œil, malgré sa faiblesse, Entrevoit comme un nouveau jour :

Étincelle pâle et lointaine De soleils plus beaux et meilleurs, Reflet de l’ardente fontaine, Aurore vague, mais certaine, Du printemps qui commence ailleurs !