French poem
Et je songe au passé
by Sainte-Beuve (1804–1869)
Et je songe au passé, peut-être à l’avenir, Peut-être au bonheur même en sa vague promesse, Au bonheur que promet un reste de jeunesse, Et qu’un cœur pardonné peut encore obtenir.
Pardonne-lui, Seigneur, et le daigne bénir ; Retiens sa force errante, ou force sa faiblesse, Pour qu’en toute saison ton souffle égal ne laisse Ni désir insensé, ni trop cher souvenir.
Qu’il se reprenne à vivre, en espoir de la vie ; Que, sans plus s’enchainer, il trouve qui l’appuie, Qui lui rapprenne à voir ce qu’il s’est trop voilé ; Pour que monte toujours, même dans la tourmente, Même sous le soleil, dans la saison clémente, Mon regard pur, fidèle au seul pôle étoilé !