French poem
« Laisse ta tête, Amie, en mes mains retenue »
by Sainte-Beuve (1804–1869)
Laisse ta tête, Amie, en mes mains retenue, Laisse ton front pressé ; nul œil ne peut nous voir. Par ce beau froid d’hiver, une heure avant le soir, Si la foule élégante émaille l’avenue,
Ne baisse aucun rideau, de peur d’être connue ; Car en ce gîte errant en entrant nous asseoir, Vois ! notre humide haleine, ainsi qu’en un miroir, Sur la vitre levée a suspendu sa nue.
Chaque soupir nous cache, et nous passons voilés. Tel, au sommet des monts sacrés et recelés, À la voix du désir, le Dieu faisait descendre
Quelque nuage d’or fluidement épars, Un voile de vapeur, impénétrable et tendre : L’Olympe et le soleil y perdaient leurs regards.
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