Versos French Sainte-Beuve Premier Septembre

French poem

Premier Septembre

by (1804–1869)

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Sorti pendant le jour dans les bosquets secrets, Sous un ciel apaisé, murmurant & plus frais. J’observais par endroits quelque arbre des allées, Mêlant à de plus verts ses branches dépouillées : « Oh ! ce n’est pas l’automne encore (& je passais) ; Ces précédents soleils ont donné par accès, Leur poids est assez fort pour qu’un feuillage en meure ; Pauvre arbre du Japon, qui s’effeuille avant l’heure ! » — Et le soir, hors du bois & du clos des jardins, Au monter sinueux des coteaux en gradins, Je vis le ciel limpide & sa beauté pâlie ; Tous nuages fuyaient comme un voile qu’on plie ; Non loin de l’horizon, au coucher s’inclinant, Le croissant tranchait net dans l’air plus frissonnant ; Et la nature entière avec plus de silence Me semblait accueillir l’astre qui recommence, Et méditer, plus froide, un charme aussi sacré ; Et mon âme devint plaintive, & je rentrai.

— Le lendemain, ouvrant, au réveil, sur la plaine, Ma persienne où glissait l’aurore moins certaine, Je vis tout un brouillard, qui bien lent se leva : La journée était belle, & belle s’acheva. Oui, c’était bien l’automne avec ses larges teintes ! Les chauds midis pourront reprendre leurs étreintes, La terre voudra croire à l’été rayonnant ; Mais tout soir pur aura son azur frissonnant. Et le plus beau matin son brouillard sans aurore.

— Est-ce aussi ton automne, Amour ?… Oh !… pas encore ! … nec amare decebit.

Pourquoi faut-il qu’il soit venu, cet âge Auquel il ne sied plus ni d’aimer ni d’oser ? Pourquoi faut-il, ô Temps, que ton outrage M’atteigne au cœur jusque dans un baiser ?

Pourquoi faut-il que la nature amère Qui m’interdit l’ivresse du plaisir, Punisse encor l’émotion légère Et jusqu’à l’ombre du désir ?

Pourquoi faut-il qu’à l’objet plein de charmes, Dont le regard s’abaisse à m’enflammer, Tout bas je dise en dévorant mes larmes : Pitié ! pitié ! je ne dois plus aimer !