French poem
À M.-B…, Nychtophile
by Stanislas de Guaita (1861–1897)
As-tu le cerveau plein de rêves ? Dans l’ombre sais-tu voir encor La fleur des espérances brèves Fleurir de gueules sur champ d'or ?
Amant obstiné des ténèbres, Dis-nous si ton œil épia L’horreur des visions funèbres, Blêmes sur fond de sépia ?…
Comme une lanterne magique, Quand le cauchemar menaçant Fait, au mur de la nuit tragique, Flamboyer ses fresques de sang,
As-tu l’orgueil et le courage De fixer d’un œil assuré Le spectre qui te dévisage Du fond de l’Inconnu sacré ?…
— Salut à vous, Nuits solitaires ! Sous vos plafonds d’ébène et d’or Le sommeil est plein de mystères : Le secret d’outre-tombe y dort.
Un destin muet y recèle Le passé près de l’avenir ; Et le germe à naître s’y mêle Aux fantômes du souvenir !
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Puis, que le Rêve instruise ou mente, Et qu’importe au poëte doux ? Il fuit la Bêtise infamante Dans le Dormir clément aux fous,
Et, nocturne visionnaire, Loin, loin de la réalité, Dans un éden imaginaire Il s’exile avec volupté !