French poem
À Horace
by Stanislas de Guaita (1861–1897)
Rimeur d’odelettes sublimes Avant Ronsard ! Adepte badin du grand art, Ils sont d’or les vers que tu limes !
Si nous t’avons tous blasphémé, Illustre maître, Avant de t’avoir pu connaître Et, partant, de t’avoir aimé,
Nous implorons de ta clémence Notre pardon : Qui n’a pas mordu le chardon À son quart d’heure de démence ?
Nous t’avons maudit bien souvent, Ô mon Horace ! Tes plus beaux vers portent la trace De notre courroux — au couvent :
Quand — titre à tes odes lutines — Nous inscrivions : « Pensum », crois-tu que nous buvions L’hydromel des muses latines ?…
Dans le noir collège odieux On nous enseigne, — Si qu’à l’avouer mon cœur saigne — La haine et le mépris des dieux.
Mais les dieux, exempts de rancune, Versent encor Sur les ingrats vos rayons d’or, Poésie — ou Soleil — ou Lune !
Phœbus a vidé son carquois ; Il nous pardonne, Et notre faible esprit s’étonne De ses audaces d’autrefois ;
Reniant notre ire première, Nous pâlissons D’avoir été des polissons… Et nous acclamons la lumière !