French poem
À celle qui se mirait dans l’eau
by Stuart Merrill (1863–1915)
Sous ton chapeau de primeroses, Chère amoureuse du printemps, Je t’ai surprise en maintes poses Te mirant dans l’eau des étangs
Ou bien dans celle des fontaines Qui s’égoutte des mascarons Grimaçant sur les vasques pleines Où tu trempes tes poignets ronds.
Que demandes-tu donc à l’onde, Miroir d’un fugitif décor Où, dénouant ta toison blonde, La brise effeuille tes fleurs d’or ?
Te souviens-tu que ces images D’oiseaux, de verdure et d’azur, Se flétriront sous les nuages Et les frimas d’un temps moins pur ?
Pourtant l’automne est bien lointaine Qui, voilant de brumes le ciel, Viendra ternir mare et fontaine De feuilles jaunes et de gel.
Crains plutôt de voir ton visage S’évanouir au fond du soir Et de comprendre le présage De ton trop magique miroir.
Quitte, ô sœur, ce qui t’ensorcelle, Rêve inutile du sommeil. Et loin d’ici redeviens celle Oui rit aux rayons du soleil.
Ailleurs c’est la belle contrée Dont les torrents ne pourront pas Réfléchir ta face éplorée Sous les lauriers et les lilas.
Car il ne faut pas trop connaître, Amoureuse des calmes eaux, Le regard éteint de son être Pour crier sa joie aux oiseaux.