Versos French Stuart Merrill À la mort 2

French poem

À la mort 2

by (1863–1915)

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Ô Mort, je ne fermerai pas ta porte à tes pas, Quand je les entendrai, l’automne, sur les feuilles du jardin, Comme si une amie dont je rêverais alors venait tout bas Me baiser sur mes yeux où le soleil s’éteint.

Car je sais que tu me donneras les clefs de la vraie vie, Celles qui m’ouvriront silencieusement le sanctuaire Au seuil duquel, en larmes, je blasphème et je prie Comme un enfant puni qui veut voir la lumière,

Ô Mort, sème tes pavots légers sur mes paupières, Enchaîne mes mains dont se dresse contre toi la révolte, Entrave mes pieds qui buttèrent à tant de pierres, Et mène mon âme au pays des divines récoltes.

Ici je tâtonne comme un fou dans les ténèbres D’où s’essore parfois le vol chantant d’un ange. Je connais toutes les routes de la contrée funèbre Dont je porte jusqu’au front les stigmates de fange.

Ô Mort, rends-moi la lumière dont je suis l’ombre, Et l’être immatériel dont je suis le fantôme, Et la pensée redevenue enfin pur nombre Qui réglera le cours des astres et des royaumes.

Car vraiment je suis si las de tous et de moi-même, Malgré que je sache qu’il faut bâtir les villes Qui exhaleront un jour leurs prières et leurs poèmes Vers un nouveau Dieu d’un nouvel évangile,

Que je t’accueillerai, ô Mort, dont les pas Feront à peine frémir les feuilles mortes du jardin, Comme l’amie longtemps attendue qui vient tout bas Vous dire un beau secret d’une voix qui s’éteint.