French poem
Attente
by Stuart Merrill (1863–1915)
Si c’est pour me faire croire à la vie Que tu viens à ce triste séjour, Prends la clef d’or, et, les marches gravies, Ouvre la porte aux pas de ton amour.
Si c’est pour me faire croire à la mort, Prends parmi tes clefs celle de fer, Et ferme les fenêtres à l’aurore Dans la chambre pleine des ténèbres d’hier.
Qu’importe la vie à mon âme ou la mort, Pourvu que ce soit toi que j’accueille, Geôlière dont la clef de fer ou d’or Violera le secret silencieux de mon seuil ?
Mais pourquoi ces paroles dans la solitude, Ô toi qui ne viendras peut-être jamais M’éveiller de la voix douce ou rude Selon que sonnera la cloche des destinées !
La neige a suivi les oiseaux sur le toit, Et seul habitant de la triste masure, J’attends toujours la détresse ou la joie De tes clefs inconnues dans la serrure.