Versos French Stuart Merrill Âme de vierge

French poem

Âme de vierge

by (1863–1915)

Listen in the reader

Ton âme est un verger d’avril au clair de lune.

Je croîs y voir passer de bleus cortèges d’anges Aux airs secrets, aux doigts furtifs, aux yeux étranges, Qui font choir autour d’eux des fleurs blanches de lune.

La mer, on peut la voir, écumant sur la grève, Entre les pommiers tors où le vent, comme en rêve, Fait fuir un petit bruit de baisers sous la lune.

Bientôt les premiers nids, pleins de chansons et d’ailes, Alourdiront d’amour les ramures fidèles Qu’on verra verdoyer à la mort de la lune.

À minuit, effleurant les corolles, la pluie, Lente comme les pleurs d’une enfant qui s’ennuie, À peine ternira l’éclat bleu de la lune.

Puis voici le silence où l’on croirait entendre S’exhaler les parfums et les ombres s’étendre À mesure qu’avant le jour décroît la lune.

Et soudain, sur la mer, quelle est donc cette voile Et ce héros qui vient d’une lointaine étoile, Enchantant de sa voix les flots, les fleurs, la lune ?

Tout murmure d’amour et s’émeut d’une joie Qui court dans la lumière, et, rieuse, rougeoie Jusqu’à l’horizon sombre où disparaît la lune.

Le ciel est une rose et chaque arbre une flamme. C’est l’aube du matin de Pâques sur ton âme Pure comme ua verger d’avril après la lune.