Versos French Stuart Merrill À une jeune fille

French poem

À une jeune fille

by (1863–1915)

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Tes mains effeuillant des roses Dans le silence bleu du soir ! Ta voix me chantant des choses Que je croyais ne plus savoir !

Tes yeux pâles de princesse Qu’on vient de ravir au sommeil ! Tes cheveux, cette caresse De soie éparse en le soleil !

Ta bouche que veut déclore D’un sourire secret l’Amour ! Tes seins offerts à l’aurore, N’étant pas mûrs pour le grand jour !

Toi, toute grâce et jeunesse, Vierge, âme plutôt que chair, Je t’ai, les soirs de tendresse, Aimée ainsi qu’un ami cher !

Des roses nous ne cueillîmes Que les plus blanches du buisson, Et les mots que nous nous dîmes Furent d’innocente façon.

Notre amour fut peu de chose. Un serrement soudain du cœur. Ton visage à peine rose, Ma main tremblant de quelque peur.

Si peu de chose fût-elle. Cette amitié sans bas désir. Que je la voudrais mortelle Comme tout terrestre plaisir.

Je voudrais que ton nom même S’éteignît pour la vie en moi Et ne vînt qu’au soir suprême Fleurir ma mémoire en émoi,

Comme une oraison qui pleure Dans un cœur d’homme et s’y endort, Et ne s’éveille qu’à l’heure Du bon sommeil ou de la mort.