Versos French Stuart Merrill À une prostituée

French poem

À une prostituée

by (1863–1915)

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Ô pauvre femme à la bouche sanglante Qui chantais des chansons d’enfer Dans la neige crépusculaire de cet hiver Où je suivais ta promenade lente Par les rues de la ville solitaire !

Ô pauvre femme à la marche sanglante Que j’ai peut-être, sans le savoir, tuée, Quoique tu fusses la prostituée Dont la chevelure, aux temps qui ne sont plus, A séché les pieds nus de Jésus !

Ô pauvre femme à la poitrine sanglante, Trois fois douloureuse avec tes mains Pleines des fleurs pâles de la nuit, Et tes yeux morts aux lendemains, Et tes pieds las que l’innocence fuit !

Ô pauvre femme à la vie sanglante Dont le souvenir en moi est rouge Comme les roses et les lampes des bouges Où ton âme brûlait comme ton corps Pour un peu d’amour et un peu d’or !

Ô pauvre femme tout entière sanglante Qui m’appelles du passé de mes jours Comme jadis de l’ombre des portes, Es-tu toujours folle de trop d’amour, Où es-tu morte ? où es-tu morte ?

N’es-tu plus la pauvre femme sanglante Dont je suivais les pas en cet hiver, Chien du désir après ta chair, Et serais-tu, ressuscitée, la sainte Qui chante en la céleste enceinte ?

N’es-tu plus, ô pauvre femme, sanglante Que de la rosée des plaies de Jésus, Comme ta sœur Madeleine-Marie Que tu priais, lasse du tumulte de la rue, Sous les vitraux des élises fleuries ?

Ainsi soit-il, pauvre femme sanglante, Qu’une sœur, qui sait ta noire histoire, pleure, Ce soir de brises légères et de fleurs, Comme si elle voulait par un chaste marché, Porter à Dieu le poids de tes péchés !