French poem
Ce pays
by Stuart Merrill (1863–1915)
Ce pays est si doux qu’on y voudrait mourir En écoutant bêler, dans un bruit de sonnailles, Là-bas, près de la mer, les paisibles ouailles Qui sentent dans le vent le printemps refleurir.
On y voudrait mourir dès les premières roses De trop rêver, de trop pleurer, de trop aimer. Car ils pressent, ce cœur que rien ne peut calmer, Qu’au-delà de la vie est le secret des choses.
S’endormir à jamais dans le jardin des morts ! Ne plus entendre au loin la voix vaine des hommes ! Mais quelle est donc encor cette ombre que tu nommes ? Quel est ce souvenir obscur comme un remords ?
Oh ! ne crois pas tuer le printemps en toi-même Ni dérober les yeux aux lueurs du réveil ! Salue à chaque aurore, en chantant, le soleil ! Toute la Terre est là qui demande qu’on l’aime !
N’entends-tu pas bêler de désir les brebis ? Ne vois-tu pas fleurir cette saison féconde ? Feins alors qu’il fait clair dans ton cœur et le monde, Et, comme pour danser, mets tes plus beaux habits !