Versos French Stuart Merrill Écrit dans la tristesse

French poem

Écrit dans la tristesse

by (1863–1915)

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Les heures passent sous la pluie Et dans le bruit du vent d’hiver. Ma joie est à jamais enfuie Sur les ailes des oiseaux d’hier.

L’été rouge et le jaune automne Ont donné leurs fleurs et leurs fruits. Sur mon toit la tempête tonne, Et mes beaux jardins sont détruits.

Amour, la trace est effacée De tes derniers pas sur mon seuil Où naguère s’était dressée La folle à qui je fis accueil.

Ô nuits futures, quel silence Envahira cette maison Si triste après la turbulence De la danse et de la chanson ?

Entendre mon pas solitaire Dans les chambres et les couloirs, Ouvrir les portes et me taire Devant le vide des miroirs,

Quelle douleur ! Puis à chaque heure Que l’horloge ne sonne plus, Quelle ombre accrue en la demeure Où mon deuil oiseux s’est reclus !

Je ne vis plus qu’avec des rêves Qui craignent le jour et le bruit. Mon âme, est-ce que tu t’achèves Dans la poussière de la nuit ?

Qui viendra jeter la poignée De bois dans l’âtre désempli Où frissonne au vent l’araignée, Grise tisseuse de l’oubli ?

Hélas ! Il ne viendra personne. Je suis délaissé des humains. Sans moi l’on sème et l’on moissonne. Mort, mon cœur, et mortes, mes mains !

II

La tempête tonne. Qu’importe Son vacarme à ce moribond Qui, sans pitié, laisse à sa porte Frapper les poings du vagabond ?

J’écoute, le front dans mes paumes Et les coudes sur mes genoux, Le chuchotement des fantômes Qui vont rôdant autour des fous.

Femme, ne reviens pas épandre Ta chevelure sur mon seuil, Ni lancer au ciel de la cendre En murmurant des chants de deuil.

Ta voix, je l’ai bien oubliée Comme la couleur de tes yeux. Après t’avoir tant suppliée Je t’abandonne au soin des dieux.

À toi, sous des cieux moins moroses, D’autres chansons par les chemins, D’autres danses parmi les roses, Et d’autres lèvres sur tes mains.

Ainsi soit-il ! Moi je demande Aux ténèbres leur réconfort, Car les seuls baisers que j’attende Sont ceux, maternels, de la Mort.

N’ayant plus espoir qu’en les songes Qui font oublier, sans retour, Tous les masques et les mensonges Dont se leurre le pauvre amour,

Je sentirai sur moi descendre L’ombre où nulle étoile ne luit, Sans crainte ni désir d’entendre, Ô toi, ton appel dans la nuit.

Car je sais que veille à ma porte L’ange qui n’aime ni ne hait, Celui dont la mémoire est morte Et qui, les yeux vides, se tait.