Versos French Stuart Merrill En un pays

French poem

En un pays

by (1863–1915)

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En un pays de calmes fontaines, À l’heure de la mort du soleil, Quand je défaillerai de sommeil Après tant d’aventures vaines,

Je panserai enfin mes blessures Et je purifierai mon âme, Ô toi dont l’épée de flamme M’a montré vers Dieu la route sûre.

Malgré le sourire dont j’accueille, Pour que les lieues ne les effraient pas, Les frères et les sœurs dont les pas Se lassent déjà loin du seuil,

Tu sais, ô toi mon confident, Combien faible est toute ma force Quand le fardeau me ploie le torse Sur les traces du vieil Adam.

Un son de cloche dans le crépuscule, Un mourant au bord de la route, Les paroles chuchotées par le doute Et l’allée où l’effort s’accule,

Ô Dieu, puis-je ne pas pleurer, Malgré le signe de la victoire Si lointaine, hélas que le soir Réserve à mon âme lasse d’errer ?

Et lorsque j’aurai connu la contrée Promise sous le soleil couchant, Serai-je plus heureux, sachant Que d’autres se perdent dans la vêprée,

Et ne te prierai-je pas, Dieu trop fier, En souvenir de mes douleurs proches, De faire sonner avant la nuit les cloches Pour appeler des routes mes frères

Vers ce pays de calmes fontaines Où ils oublieront le soleil Dans le bon silence du sommeil Après tant d’aventures vaines ?