Versos French Stuart Merrill Élégie

French poem

Élégie

by (1863–1915)

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La maison blanche où je te connus, Ô toi qui devais être mienne, Et qui dansais, le soir, bras nus, En robe de dentelle ancienne.

Le jardin dont l’unique chemin Fleurait si bon le chèvrefeuille, L’églantine et le fin jasmin Que l’été trop ardent effeuille,

L’escarpolette et le banc de bois Sous le murmurant sycomore, Le chant des tarins et ta voix, Amour, je me les remémore

Comme les rêves d’un paradis Dont j’entends se clore les portes Quand je vous pleure et me maudis, Ô les fleurs, ô les heures mortes !

Mais pouvons-nous empêcher les fleurs De s’effeuiller au gré des brises Et les heures — plaisirs, douleurs — De choir, sonores, des tours grises ?

Reverrons-nous jamais la maison Où nous fûmes, parmi les choses, Heureux durant une saison Dont moururent trop tôt les roses ?

Où sont les lunes et les soleils Qui se miraient dans la fontaine, Et les vents aux vagues éveils Dont tremblait la vigne incertaine ?

Le mur de pierres s’est écroulé Qui clôturait notre domaine, Et d’autres que nous ont foulé Cette terre dont tu fus reine.

Nous avons couru bien des chemins Avant de trouver la demeure Où jusqu’aux lointains lendemains, Sonnera, plus belle, chaque heure.

Mais ce n’est pas, hélas ! la maison Où tu devins à jamais mienne, Un soir de la belle saison Que tu dansais en robe ancienne.