French poem
Exhortation
by Stuart Merrill (1863–1915)
Pour avoir voulu, ô mon âme affolée, Monter vers Dieu par l’arc-en-ciel, Tu pleures au fond de la vallée Dont les abeilles butinèrent tout le miel.
Le crépuscule brûle les montagnes Que les forts gravissent vers les astres Malgré la foudre qui les accompagne Et les présages de mille désastres.
Toi, prendras-tu le rude bâton Avec le geste qui se soumet, Et suivras-tu, dans l’espoir du guerdon, La route de glace qui monte aux sommets ?
L’arc-en-ciel s’est éteint comme un rêve, Et voici choir les lourdes ténèbres. Il est temps, avant que ne gèle ta sève, De t’évader de l’impasse funèbre.
Le veux-tu, ton salut, ô mon âme affolée Qu’accable une soudaine somnolence ? Prie, et lève-toi, car sur la vallée S’abat le suaire du silence.