French poem
Exhortation
by Stuart Merrill (1863–1915)
Tant vivre pour savoir, Si fou pour être sage ! Vois, voici que le soir T’émeut de son présage.
Pauvre sans feu ni lieu, Va vers la ville étrange Où tu chercheras Dieu Comme un lys dans la fange.
Mais avant de partir, Jure de rester sobre, Fidèle au repentir Et pur de tout opprobre.
Brise, après l’oraison, D’une main vengeresse La coupe de poison Où puisa ton ivresse.
Les étoiles sont loin, Ta peur est effroyable ; L’assassin guette au coin Du carrefour du diable.
Cherche Dieu malgré tout ! Il dort au fond des bouges Où ton âme est à bout Sous les lanternes rouges.
Dieu n’est pas où l’on croit, Dans la trop belle église Où le cœur reste froid Et la prière grise.
Il vit dans les maisons Où l’on se prostitue, Il gît dans les prisons Où l’on pleure et l’on tue.
Va donc, ô pauvre fou, Vers plus fou que toi-même, Et, ployant le genou, Dis au plus fou : je t’aime.
Et les lys fleuriront Partout sur ton passage, Et des mains voileront L’éclat de ton visage.