French poem
La Mauvaise Pluie
by Stuart Merrill (1863–1915)
C’est la pluie sur la contrée Depuis plus de jours qu’on ne compte ; C’est la saison où les aïeules chantent Des légendes au coin de la cheminée.
Les sabots claquent dans les flaques Au long des routes luisantes Qui mènent au pilotis du bac Où la rivière roule, écumante.
Quand donc luira le soleil Comme un pardon sur nos péchés, Par les jardins bourdonnant d’abeilles Et fleurant l’âme des amandiers ?
Le tocsin sonne dans la vallée, Monotone appel à la mort ; On dit que de belles noyées Sont passées, venues du Nord.
Allons, au gré fou de notre barque, Vers tes villageois criant secours Du haut de leurs toits qu’une croix marque Et dont la fumée s’éteint pour toujours.
Et peut-être verrons-nous Jésus Sous la blouse d’un pauvre hère Calmer les flots sous ses pieds nus Comme la pitié dompte la colère.
C’est la pluie sur la contrée Depuis plus de jours qu’on ne compte ; C’est la saison où les aïeules chantent Des légendes au coin de la cheminée.