Versos French Stuart Merrill La Maison aux anges

French poem

La Maison aux anges

by (1863–1915)

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La maison, cette nuit, est pleine d’anges Qui sont venus, deux à deux, par le verger Où les grappes mûrissent pour la vendange, Frapper à la porte dont le vantail léger S’est ouvert à leur passage de lumière Comme une bouche s’ouvre au baiser.

Il y en a qui, debout sous le lierre, Gardent le seuil du signe de leurs glaives Luisants comme des croix dans la nuit, Et d’autres, les bras en l’air, qui sans bruit Agitent leurs ailes de lente manière Dans la chambre dédiée aux bons rêves ; Puis voici les veilleurs des lits Qui sous leurs lèvres baiseuses d’étoiles Font fleurir les âmes comme des lys.

Et nous osons à peine dormir, Tels des enfants à la veille de Noël Qui attendent que Dieu se dévoile Dans les miroirs magiques de l’avenir.

Ils chantent, les anges, la vie belle Parmi les vergers de la paix Où murmure le travail des abeilles ;

Et leurs mains font des gestes vermeils Sur le seuil, la serrure et les ais Des portes qui protègent notre sommeil.

Ils chantent l’amour pour tous, Pour le vagabond qui saigne sur la mousse Et le fou qui frappe dans l’impasse ;

Et leurs pieds ailés laissent leur trace Dans la cendre encore tiède de l’âtre Où viendra se chauffer le pauvre pâtre.

Ils chantent le secret de toutes choses, L’âme des astres et l’âme des fleurs, Dans les cieux violets et les jardins roses ;

Et leurs ailes doucement décloses Tressaillent comme un souvenir d’ailleurs Vers le Seigneur des mondes meilleurs.

Et nous osons à peine dormir, Tels des enfants à la veille de Noël Qui attendent que Dieu se dévoile Dans tes miroirs magiques de l’avenir.

Mais l’heure est venue de la mort des étoiles, Et déjà le coq rouge, dans la venelle, Claironne aux ténèbres le réveil Du soleil sur les cimes vermeilles. Écoute : la brise soupire dans les treilles Comme le souflle d’une amante qu’on veille. Les oiseaux piaillent au nid, avec, En s’ébouriffant, de brefs coups de bec ; Et l’horloge d’or sonne au clocher L’aube où les servantes tard couchées Se lèvent en se frottant les yeux.

Retournons donc, simples enfants des cieux, À la tâche sacrée de chaque jour, Toi pétrisseuse du pain quotidien Pour la faim mendiante du prochain, Moi chanteur des paroles d’amour Qui font éclore les fleurs bleues du Bien.

Et en puisant l’eau lustrale du puits Dans le matin où courent les enfants, Nous verrons, pleurant un instant La grâce qui fut nôtre cette nuit, S’en aller deux à deux par le verger, Messagers de nos prières, les anges Qui regardent avec des yeux étranges Quelque chose qui nous est caché.

Sœur, à genoux devant la maison des anges !