French poem
La Revenante
by Stuart Merrill (1863–1915)
Ô mon Dieu, toujours cette femme Que ce fou voulut tant avoir ! Cette bouche baisée un soir, Et ces yeux qui m’embrasaient l’âme !
Et ces mains qui cherchaient mes mains, Et ce cri : « Je t’aime ! je t’aime ! » Et la fuite au moment suprême, Et l’horreur de ces lendemains !
Vous avez manqué de courage Et vous eûtes peur Je l’amour, Vaine amante dont tour à tour J’adore et blasphème l’image !
Mais est-ce vrai que je vous hais ? Oh ! non, vous m’avez dit des choses Qui parfument comme des roses Ma vie et mes vers à jamais !
Ensorceleuse de mes rêves, Votre chant me revient parfois, Vague et lointain comme la voix Qu’on entend, la nuit, sur les grèves.
Oh ! je vous veux avec vos mains Qui tremblaient, chaudes, dans les miennes, Au long des terrasses anciennes Que jonchaient alors les jasmins.
Ô vous qui m’avez dit : « Je t’aime ! » Il me semble entendre vos pas ! Mais non ! Je rêve, et je n’ai pas Votre baiser sur ce poème.