French poem
La Triste Église
by Stuart Merrill (1863–1915)
J’entends dans le vent tinter la cloche De la petite éçlise des champs Où l’on ne va, du village proche, Que pour des enterrements d’enfants.
Son cimetière est plein d’herbes folles Qui frémissent sur tous les tombeaux ; Son portail est vert de mousses molles, Dans ses deux tours gîtent des corbeaux.
Son seuil, toute l’année, est sans roses Et son autel sans cierges la nuit. Parfois un prêtre aux gestes moroses Y rôde avec des clefs et s’enfuit.
À son ombre, la route où ne passe Personne du printemps à l’hiver Vient d’on ne sait où, là-bas, puis, lasse, Meurt quelque part au bord de la mer.
La pluie est grise pendant l’automne Sur le pays jaune d’alentour. C’est la saison mortelle où frissonne, Au cœur lourd de la terre, l’amour.
Nul bruit, sauf celui du vent des dunes Ou des larmes autour d’un cercueil. Que luisent les soleils ou les lunes, La cloche n’a voix que pour le deuil.
T’ouvriras-tu jamais à la joie, Pauvre petite église des champs, Quand de chaque jardin qui verdoie Monteront des ailes et des chants ?
Viendra-t-elle au tournant de la route, Sur des airs légers de violons, La noce aux belles toilettes, toute Folle de rubans et de galons ?
Ou verra-t-on, lançant des dragées, La bonne marraine et le parrain Mener jusqu’à tes marches rongées Les gens du baptême et tout leur train ?
Hélas ! C’en est fini. Nul n’adore Ton pâle Christ aux jeux sépulcraux ; Ton encens à jamais s’évapore, La poussière ternit tes vitraux.
Les saisons peuvent mourir ou naître, L’on ne portera plus au saint lieu, Comme une offrande qu’on doit au maître, Les prémices des bontés de Dieu.
L’on épandra sur l’aire des granges Tout le blé pour notre seule faim ; C’est pour notre soif qu’après vendanges Dans les cuves fumera le vin.
Lance ton appel sur la contrée ! Nul, de ton clocher à l’horizon, Ne s’arrêtera, cette vêprée, Pour murmurer la vieille oraison.
Nous ne te porterons en cortège Que nos enfants trépassés sans foi, Puis, dans la poussière ou dans la neige Nos pas s’effaceront loin de toi.
Que l’herbe voile ton cimetière Et que les corbeaux souillent tes tours ! Meurs solitaire, pierre par pierre, De la morsure lente des jours,
Jusqu’à ce que tu sois devenue La ruine maudite qu’on fuit Dans le vent obscur et sous la nue, Demeure des morts et de la nuit !