French poem
La Vision
by Stuart Merrill (1863–1915)
Lourd de pourpre, le front chenu sous la couronne, Le roi qu’on a fêté, las de trop d’ans subis, Voit du haut de son trône aux éclairs de rubis, Sans que rien de cela le distraie ou l’étonne,
Celui qui jongle avec des boules et bouffonne Et fait dans de légers cerceaux des sauts subits, Puis rit, la bouche rouge et les yeux ébaubis Et, saisi d’un nouveau vertige, tourbillonne.
Mais le roi, se sachant mourir, ferme les yeux, Et rêve aux temps lointains où, devant une reine, Il se prosterna, lui, fils des dieux et des cieux.
Et pendant que le fou s’égosille en l’arène, Silencieux il prie, ayant senti l’essor Des grands anges vibrer sur ses cent palais d’or.