French poem
Le Triste Domaine
by Stuart Merrill (1863–1915)
Mon domaine est celui de l’automne : Tous mes châteaux, au bord des étangs, Y rêvent aux guerres du vieux temps Sous leurs tours que le lierre lourd festonne.
Faible comme un regret, le soleil S’achève dans les vasques de marbre Où l’eau verte croupit ; et chaque arbre Ouvre ses nids aux ailes du sommeil.
Le vent semble la voix d’un fantôme Revenu pour remourir d’amour Au rendez-vous faux du carrefour Où le petit temple arrondit son dôme.
Parfois on entend qu’un enfant rit Dans la maison lointaine du prêtre Dont la lampe, au bord de la fenêtre, Luit comme la flamme du Saint-Esprit
Puis rien. Seul un platane balance Sa cime dont les feuilles, la nuit. Se frôlant lentes, presque sans bruit, Font à peine frissonner le silence.
Le seigneur du domaine, c’est moi Qui traîne au fond des anciennes salles, Au pied des armures colossales, Sa honte de ne pouvoir être roi.