French poem
Triomphe
by Stuart Merrill (1863–1915)
Les cloches ont sonné la fête, Chant d’allégresse et d’oraison Sur la grand’ville qui s’apprête À sourire en chaque maison.
Ce sont banderolles de soie Des balustres jusqu’aux balcons Des palais d’où vole la joie Des éperviers et des faucons.
Car voici revenir le Prince, Avec trompettes et tambours, De sa plus lointaine province Où l’avaient leurré ses amours.
Parmi pennons et pertuisanes Il caracole en casque d’or En tête de ses courtisanes Et des porteurs de son trésor.
Ses fous ont les bras pleins de roses Qu’ils lancent, en dansant, en l’air Et fripant leurs marottes roses Dont les grelots font un bruit clair.
De leurs doigts alourdis de bagues Ses mignons à léger toquet S’en vont, jonglant avec leurs dagues Ou jouant, vifs, du bilboquet.
Au poing des palefreniers nègres Cent chevaux à caparaçons, Remuant des plumes allègres, Piaffent, lustrés de blancs frissons.
Puis, lourd d’épieux et de fascines, C’est le troupeau des éléphants Que conduisent de leurs houssines. Nus comme l’Amour, des enfants.
Enfin, après toutes les bêtes Qu’escortent, armés de gourdins, Les dompteurs musclés de ces fêtes, S’avance, entre les hauts gradins,
Traîné par mille mains d’esclaves Et salué de mille cris, Le char de la reine des braves Dont le peuple entier s’est épris.
Et nul, sauf au seuil de l’église, Le pauvre mendiant sans yeux, Ne voit, malgré qu’on dise et lise, La ville brûler jusqu’aux cieux
Pour avoir trop aimé la femme Dont la main prête à tout forfait Brandira l’épée et la flamme Au front du Prince qu’elle hait.