Versos French Sully Prudhomme Les Transtévérines

French poem

Les Transtévérines

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Le dimanche, au Borgo, les femmes & les filles, Lasses d’avoir, six jours, traîné sous des guenilles, Étalent bravement un linge radieux ; Ce n’est plus le costume éclatant des aïeux : Quand le peuple vieillit, l’habit se décolore. Pourtant le rouge vif les réjouit encore : Elles font resplendir sur le brun de leur peau Des fichus qu’on dirait taillés dans un drapeau. Les bras ronds & charnus sortent des grosses manches ; Le jupon suit tout droit la carrure des hanches ; Le contour d’un sein riche & un dos bien arqué S’accuse avec ampleur, par de beaux plis marqué ; D’un corset rude, ouvert d’une large échancrure, Le cou ferme se dresse, & pour fière parure Une flèche d’argent traverse les cheveux Lourds & lisses, d’un noir intense aux reflets bleus. Un long clinquant de cuivre étincelle à l’oreille, Et la voûte de l’œil, pleine d’ombre, est pareille À ces vallons brumeux où miroite un lac noir. Et ces fortes beautés sont splendides à voir Quand toutes, au soleil, le long des grandes pentes, Par groupes se croisant, vont superbes & lentes.