Versos French Sully Prudhomme Les Vénus

French poem

Les Vénus

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Je revenais du Louvre hier. J’avais parcouru les portiques Où le chœur des Vénus antiques Se range gracieux et fier.

À ces marbres, divins fossiles, Délices de l’œil étonné, Je trouvais bon qu’il fût donné Des palais de rois pour asiles.

Comme j’allais extasié, Vint à passer une pauvresse ; Son regard troubla mon ivresse Et m’emplit l’âme de pitié :

— Ah ! m’écriai-je, qu’elle est pâle Et triste, et que ses traits sont beaux ! Sa jupe étroite est en lambeaux ; Elle croise avec soin son châle ;

Elle est nu-tête ; ses cheveux, Mal noués, épars derrière elle, Forment leur onde naturelle : Le miroir n’a pas souci d’eux.

Des piqûres de son aiguille Elle a le bout du doigt tout noir, Et ses yeux au travail du soir Se sont affaiblis… Pauvre fille !

Hélas ! tu n’as ni feu ni lieu ; Pleure et mendie au coin des rues : Les palais sont pour nos statues, Et tu sors de la main de Dieu !

Ta beauté n’aura point de temple. On te marchandera ton corps ; La forme sans âme, aux yeux morts, Seule est digne qu’on la contemple.

Dispute aux avares ton pain Et la laine dont tu te couvres : Les femmes de pierre ont des Louvres, Les vivantes meurent de faim !