French poem
Les voici
Son heureux fiancé l’attend, moi je me cache. Elle vient ; je l’épie, en murmurant tout bas Ce reproche, le seul que son oubli m’arrache : — Vous ne m’aimiez donc pas ?
Les voici tous les deux : ils vont l’un près de l’autre, Ils se froissent les doigts en cueillant des lilas. — Vous oubliez le jour où ma main prit la vôtre ; Vous ne m’aimiez donc pas ?
Heureuse elle rougit, et le jeune homme tremble, Et la douceur du rêve a ralenti leur pas. — Vous oubliez le jour où nous errions ensemble ; Vous ne m’aimiez donc pas ?
Il s’est penché sur elle en murmurant : « Je t’aime ! Sur mon bras laisse aller, laisse peser ton bras. » — Vous oubliez le jour où j’ai parlé de même ; Vous ne m’aimiez donc pas ?
Oh ! comme elle a levé cet œil bleu que j’adore ! Elle m’a vu dans l’ombre et me sourit, hélas ! — Que vous ai-je donc fait, pour me sourire encore Quand vous ne m’aimez pas ?