Versos French Théodore de Banville La Fausse pudeur

French poem

La Fausse pudeur

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Pourquoi donc, matrônes austères, Vous alarmer de mes accens ? Vous, jeunes filles trop sévères, Pourquoi redoutez-vous mes chants ? Ai-je peint les enlèvemens, Des passions les noirs ravages,

Et ces impétueux orages Qui naissent aux cœurs des amans ? Je célèbre des jeux paisibles, Qu’envain on semble mépriser, Les vrais bien des ames sensibles, Les doux mystères du baiser. Ma plume rapide et naïve Écrit ce qu’on sent en aimant : L’image n’est jamais lascive, Quand elle exprime un sentiment.

Mais, quelle rougeur imprévue ! Quoi ! Vous blâmez ces doux loisirs, Et n’osez reposer la vue Sur le tableau de nos plaisirs !… Profanes que l’amour offense, Qu’effarouche la volupté, La pudeur a sa fausseté, Et le baiser, son innocence.

Ah ! Fuyez, fuyez loin de nous ; N’approchez point de ma maîtresse : Dans ses bras quand Thaïs me presse, Et, par les transports les plus doux, Me communique son ivresse ; Thaïs est plus chaste que vous. Ce zèle, où votre cœur se livre, N’est que le masque du moment ; Ce que vous fuyez dans un livre, Vous le cherchez dans un amant.