Versos French Théodore de Banville Les Absents

French poem

Les Absents

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Mère, puisque le Temps, ce farouche oiseleur, A dévasté les nids de notre joie en fleur, Et puisque nous gardons toujours dans nos mémoires Ce qui fut emporté par les Jours dérisoires, Eh bien ! songeons encore à nos bonheurs si courts ! L’absente que nos yeux pensifs cherchent toujours, Et mon père endormi, tous ces deuils, la patrie Saignante encore et dont la voix sanglote et crie, Pleurant en nous, pareils à la plainte des mers, Font que même nos jours de fête sont amers ! Pourtant le gai Printemps aux lèvres corallines Vient, et pose déjà son pied sur les collines ; Bientôt, demain, chassant la neige et le verglas, Il épanouira les grappes des lilas. Une brise, déjà folle et pleine d’ivresse, Flotte ; je ne sais quelle invisible caresse

Nous effleure ; voici que les airs attiédis Ont un souffle embaumé qui vient du paradis ; Vois les deux frissonnants, clairs, une joie immense Charme l’azur, et tout nous parle de clémence.

16 février 1871.