French poem
27 (e maître a laissé la molette…)
e maître a laissé la molette Pour la planchette de noyer, Il étale sur sa palette L’arc-en-ciel qu’il vient de broyer.
Au chevalet sombre rayonne Une toile vierge où déjà Son impatience crayonne, Là rêvant à quelque raja !
D’un pas satisfait il arpente Le capharnaüm singulier Qui vient encombrer la soupente Où zigzague son atelier.
Béret pourpre en tête, bouffarde Grillant sa barbe, il s’est assis Sous la baie à clarté blafarde Tombant d’aplomb sur ses châssis.
Toc ! toc ! « Entrez ! » c’est le modèle. Le maître court au vieux bahut Où gît la défroque fidèle Des imagiers de l’Institut.
Le martyr est en blouse ; il entre, Superbe dans ses lourds sabots… Soudain, un gilet sur son ventre A fait cascader ses jabots,
Tandis que sur son dos miroite Un habit gorge de pigeon, Dans le soulier d’empeigne étroite Ses larges pieds font le plongeon.
La perruque blanche à nœud rouge Métamorphose le croquant Qui reste gauche et plus ne bouge En son déshabillé clinquant.
Le maître assied le pauvre diable Le nez sur un poudreux bouquin, Dans la pose irrémédiable Que doit garder le mannequin.
Sa palette au pouce, il prend place Au chevalet, sous le carreau : Il peint, il ponce, il lèche, il glace, Il lustre parfois au blaireau
Et passera mainte journée, La loupe en main, à mignarder Son œuvre… Un anglais en tournée L’achètera, sans marchander !
Lors, sous le vernis qui la moire, Cette imagette d’Épinal Deviendra — titre original ! — « La Lecture du Grimoire. »