Versos French Théodore Hannon 24 (I…)

French poem

24 (I…)

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I

’aime ton corps de jeune imberbe, Ce corps frêle de garçonnet, Souple, plus svelte qu’un brin d’herbe Et séduisant comme un sonnet.

J’aime ces droites masculines Qui t’enserrent rigidement En leurs maigreurs dont tu câlines Mon regard de peintre et d’amant.

Tu pris ces membres secs de ligne À quelque bronze florentin ; J’y trouve une grâce maligne Que combat un charme enfantin.

Ton corps d’éphèbe, ô femme vraie, Affole tous mes sens troublés Avec ses allures d’ivraie Que le vent ploie au cœur des blés.

Il a l’aimant, il a l’étreinte Inquiétante des serpents, Et toujours quelque rouge empreinte Persiste à ses baisers pimpants.

J’aime son ostéologie Où s’insèrent des nerfs d’acier Et des muscles dont l’énergie Ferait envie au carnassier !

Alléchante minceur du buste Qui semble celui d’un enfant… Or comme un jonc preste et robuste Il se redresse triomphant,

Il se cambre en ses clavicules Et sa poitrine a pour fleurons Deux seins aiguisés, — minuscules Comme la pointe des citrons !

II

Vers toi montent, ô ma garçonne, Tous mes rêves mauvais sujets Car ta prunelle désarçonne Les plus orthodoxes projets.

S’il fallait, ma folle, ma sage, Qu’un nouvel Adam se perdît, Le vieux Serpent dans ton corsage Cueillerait le fruit interdit !

Du grand vice la flamme éclaire Tes longs yeux indisciplinés Et les sept péchés, pour me plaire, En toi se sont enracinés.

Chez les Grecs ta forme inédite Eut tenté maint fier pétrisseur, Corps païen que l’Hermaphrodite Choisirait pour frère — ou pour sœur !

III

Fi de la graisse lourde et veule Aux sédiments envahisseurs ! Fi de la graisse ! la bégueule Étouffe les contours oseurs.

Elle émousserait tous les angles, Honneur de ton corps tant fêté, Maigreurs dans lesquelles tu sangles Pittoresquement ta beauté.

Le flot débordant et rebelle Nivellerait des creux bien chers Aux baisers dont la ribambelle Vient papillonner sur tes chairs

Tes lignes sèches et maîtresses En leur nervosisme puissant, Sous la boursouflure des graisses Estomperaient leur rude accent.

Puis quel pillage de chefs-d’œuvre ! Tes grands bras, à l’enlacement Tenace et doux de la couleuvre, S’épaissiraient bourgeoisement.

Ta jambe musculeuse et droite Comme un chaume superbe, hélas ! Ferait crever la mule étroite Et ton bas crème aux coins lilas.

Enfin, sur ta virile hanche, Ta poitrine au sceau virginal Et ta gorge, idéale planche, Iraient s’enfler du sein banal.

IV

Garde, garde à jamais, ô rêve ! Ta troublante plasticité, Ta sveltesse, ta forme brêve, Tes nerfs, ta masculinité,

Tes chevilles imperceptibles Et tes minuscules poignets, Tes épaules irrésistibles Où mes dents laissent des signets,

Tes doigts habiles, armés d’ongles Qui déchirent, très-acérés, Mon cœur avec lequel tu jongles ! Tes genoux rondis et serrés,

Ta joue hâve que tu pointilles D’alertes mouches de satin, Tes seins aigus où deux pastilles Posent des lueurs de matin.

— Reste maigre, ô ma maigrelette ! Conserve à mon culte d’ancien Cette élégance de squelette Où chaque sexe a mis du sien.