Versos French Théodore Hannon 18 (ans l’accoutrement d’une gouge…)

French poem

18 (ans l’accoutrement d’une gouge…)

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ans l’accoutrement d’une gouge, Orgueil des spectacles forains, Tu faisais ondoyer tes reins Et ta gorge ronde qui bouge.

Un trait de bistre allait tachant Tes yeux d’une sombreur étrange, Et sur ton front la poudre orange Étalait un soleil couchant.

Ô nonpareille saltimbanque, Ayant de l’or aux brodequins Et, sur le chignon, des sequins, À faire sauter une banque.

Dans la ravine de tes seins, Pour mettre mes sens en défaite, Du Kananga toujours en fête Tapageaient les souffles malsains.

— C’est ainsi que mes spleens d’artiste Et ma bizarre passion Souhaitent ta possession, Par un ciel d’hiver, doux et triste,

Un ciel d’ocre, barré de gris, D’où va choir la neige têtue… La chambrette serait vêtue, Depuis la cymaise au lambris,

D’étoffes de Chine élégantes Et de panneaux où le Japon Broche la trame du crépon De floraisons extravagantes.

Au long de fleuves inconnus, Des chimères, des hippogriffes Nous fixeraient, levant leurs griffes Sur des horizons biscornus.

Mais, dans la discrète pénombre, Une lune qu’Yeddo polit S’arrondirait au ciel de lit, Témoin de nos baisers sans nombre.

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Cependant, plus haut que nos râles, Que nos soupirs et que les cris De nos deux cœurs endoloris, Un air aux notes sépulcrales

Sous les fenêtres a gémi. C’est une musique navrante Tantôt vive, tantôt mourante : Orgue atroce — et pourtant ami !

Tu grondes, tu pleures, tu railles Ton chant, lamentable joujou, Fait frémir le maigre acajou Où tintamarrent tes entrailles.

À moi le rire et le hoquet Et les sanglots et les voix âcres De ces grands airs que tu massacres, Automatique perroquet !

Viens éteindre aux clameurs ravies De ton gosier toujours dispos Les cris de mes nerfs sans repos Et de mes faims inassouvies !