Versos French Théodore Hannon 30 (hiltre charmant, ô toi que redoutent…)

French poem

30 (hiltre charmant, ô toi que redoutent…)

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hiltre charmant, ô toi que redoutent les mères Et les amantes, philtre aux caresses amères,

Absinthe, viens à nous dans l’infini des spleens !

Toi, le sûr guérisseur des douleurs anciennes, Aux nuits d’antan fauché par les magiciennes,

Absinthe, viens à nous dans l’infini des spleens ! Lorsque ton âme au fond de nos verres s’éveille, C’est un chant de répit qui nous berce, ô merveille !

Absinthe, viens à nous dans l’infini des spleens !

Tu portes la couleur tendre de l’Espérance, Glauque étendard flottant joyeux sur la souffrance,

Absinthe, viens à nous dans l’infini des spleens !

Ta robe resplendit des feux de l’émeraude, Elle est verte à l’égal des forêts où Juin rôde,

Absinthe, viens à nous dans l’infini des spleens !

Quand par les cieux boudeurs toute flamme est éteinte, La mer revêt parfois ta radieuse teinte,

Absinthe, viens à nous dans l’infini des spleens !

L’œil mystique des chats dans ses profondeurs cèle, Parmi les sables d’or ta discrète étincelle,

Absinthe, viens à nous dans l’infini des spleens ! Les femmes t’ont nommée « un poison »… Calomnie ! Par toi qui fut tué ? — Le Chagrin. — Sois bénie !

Absinthe, viens à nous dans l’infini des spleens !

La lèvre aimée est fade auprès de ta salive Quand se tord notre langue à ta morsure olive,

Absinthe, viens à nous dans l’infini des spleens !

Dans ton sein introublé chantent à voix têtue, Les soupirs, les sanglots et le remords qui tue,

Absinthe, viens à nous dans l’infini des spleens !

Retombe sur mon cœur qu’étourdit ta fumée, Douce comme une larme, ô boisson parfumée !

Absinthe, viens à nous dans l’infini des spleens !

Herbe qui fait pâlir la ciguë et l’oronge, Unique espoir des cœurs qu’un secret chagrin ronge,

Absinthe, viens à nous dans l’infini des spleens ! Or et billon de ceux dont l’âme est dépensée, Lampe des forts cerveaux où roule la pensée,

Absinthe, viens à nous dans l’infini des spleens !

Sœur du sombre café prometteur de nuits blanches, Nerf du poète errant sous nos cieux, mornes planches !

Absinthe, viens à nous dans l’infini des spleens !

ORAISON

Gloire et louange, à toi sur cette terre sombre, Savoureux océan où toute rancœur sombre ! — Si jamais, immortel endormeur des tourments, Celle à qui j’appartiens, fausse à ses longs serments, Reniait notre amour, méprisait notre joie, Alors, breuvage ardent, viens réclamer ta proie : Tout au fond de mon cœur à ta brûlure ouvert, Je te voue un autel sans rival, — Poison vert ! —