Versos French Théodore Hannon 35 (I…)

French poem

35 (I…)

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I

achant mon dégoût libertin Pour ce que le sang jeune éclaire De son hématine, — un matin Tu te maquillas, pour me plaire.

Tu connais le bizarre aimant Et les attirances damnées Qu’ont pour moi les choses fanées. Troublantes désespérément :

Boutons d’un soir morts sur la tige, Larmes des aubes sans lueurs, Parfums éventés et tueurs Sur lesquels mon ennui voltige.

De l’inflexible azur du ciel Irrémédiable ennemie, Mon âme, tu le sais, ma mie N’aime que l’artificiel :

Strass dont la diva s’adonise, Similor, fleurs de taffetas, Soleils des gaz : astres en tas… Rancœurs où mon spleen s’éternise !

Or sachant que mon être hait La joie éclatante des roses Et que la pâleur des chloroses A seule pour lui quelque attrait,

Aux fards malsains que j’idolâtre Livrant l’éclat de ton sang cher, Sous la fleur morbide du plâtre Tu voilas les lis de ta chair.

II

Au dehors sonnait la diane Adorable des printemps fous Acclamant les chauds rendez-vous Des moineaux se cherchant chicane.

Le ciel ardait, immense et bleu, Faisant détonner dans la chambre Les grains de sa parure d’ambre Aux aveuglants paillons de feu.

Énervé par cette débauche De flammes, de rayons, de traits, J’implorai l’ombre aux gais retraits Où le rêve à l’esprit s’ébauche.

J’implorai l’ombre et son manteau Dont s’emmitouflent toutes choses, Lorsque soudain, sous tes doigts roses, Se déplia l’épais rideau.

Une nuit factice et maîtresse, Des clartés faisant ses sujets, Estompant les bruyants objets, Descendit comme une caresse.

Loin des tapages du soleil Et de ses vulgaires orgies, Tu fis aux pointes des bougies Trembloter un follet vermeil.

Pour ordonner ton maquillage, Eaux, fards, huiles, crèmes, — piment Où ma faim trouve un aliment, — Furent mis au galant pillage.

III

Debout, mi-nue, un poing niché Dans ton chignon d’or qui déroule Les tièdes parfums de sa houle, Tu souriais à la psyché.

Sur le marbre de la toilette Au sein des tubes élégants, Chantait la gamme des onguents, Sonorités de ta palette.

À fleur de peau ton sang courait, Mais de la rose qui se fane, Soudain au Cold’ cream diaphane Ta chair prit le dolent attrait.

Lait d’iris, Blanc impératrice, Crème Ninon, tous les blancs gras, Sur ton front, ta gorge, tes bras, Posèrent leur neigeux caprice.

La houppette, selon mes vœux, Fit tomber la Poudre divine : De diamant sur ta peau fine Et d’or fauve dans tes cheveux.

La mignonne patte de lièvre, Teinte de Rouge végétal, Te donna l’éclat du métal, Et les pivoines de la fièvre.

Sous l’œil le Noir indien frotté Fit s’accroître et fuir ta prunelle, Et l’Azurine mit en elle L’auréole de volupté.

Un glacis léger. Bistre ou Sienne, Bronza la frange de tes cils Et tu bandas l’arc des sourcils À la Poudre circassienne.

Le Carmin éveilla d’un ton Le lobe nacré de l’oreille Puis ta narine sans pareille Et la fossette du menton.

Au milieu des Bleus de l’estompe, Sur la tempe un discret pinceau Vint emmêler le fin réseau Des veinules où l’œil se trompe.

Ta nuque ronde se musqua Des parfums où la chair se damne, Ylang, New morn hay, Frangipane, Stéphanotis et Champacca.

Sur ta bouche, fleur chatoyante Dans ce bouquet vif et malsain, Bientôt la Pommade Raisin Étendit sa laque voyante.

Puis une mouche de velours, Au coin de l’œil qui me calcine, S’en vint se poser, assassine… Et tu levas les rideaux lourds.

IV

Chassant à sa flamme incongrue Le chœur des ombres, chœur charmant, Dans la chambre aussitôt se rue ! Le soleil, despotiquement.

À sa lumière qui rehausse Ton maquillage délicat, Tu m’apparus dans tout l’éclat De ta floraison de fleur fausse.

Belle de nouvelles beautés Dont ta séduction se double Tu sonnas, par mes sens en trouble, Le hallali des voluptés.

Fou, je t’enlaçai : Sur ta tête, Tombèrent mes baisers ardents. Sur ton front, ta gorge, tes dents Où ma lasciveté s’entête,

Sur tes yeux, fauves enchanteurs, Sur ta narine à l’aîle folle, Sur ta nuque havane où vole Mon désir, parmi les senteurs.

Sur ton oreille, coquillage Où glissent mes âpres aveux… Et soudain mes baisers nerveux Eurent lavé ton maquillage !

V

Boudeuse, et les yeux querelleurs Sous tes cheveux, lourde voilette, Tu t’envolas vers la toilette Afin d’aviver tes pâleurs.

Arrête ta main hasardée : Laisse les pâtes, les onguents Et les pastels extravagants… Pourtant je t’adore fardée !

Mais ta palette est un appeau Dont les couleurs sont trop fragiles. Mon amour a les doigts agiles : Qu’il soit le peintre de ta peau !

Bien plus que toi fertile en ruses, Pour animer tes traits blafards Il prendra mon désir pour fards Et ton désespoir pour céruses.

Mes morsures sauront creuser Dans ta chair des fossettes roses ; Faisant fi des laques moroses Viens t’empourprer à mon baiser.

Mes dents, en nos nuits de victoires, Te mettront des grains de beauté, Mes ongles, sans fatuité, Vaudront bien des épilatoires.

Le souci te bleuira l’œil Mieux que les crayons et les pierres, Et nos veilles, à tes paupières, Coudront le liseré de deuil…

Tes fards sont un vain barbouillage : Il ne résiste pas au pleur. Je veux que mon amour brûleur Soit ton éternel maquillage !