French poem
La chaleur tout le jour a rougi le vignoble
by Tristan Derème (1889–1941)
La chaleur tout le jour a rougi le vignoble Et j’étais seul avec ces tulipes d’octobre Dans la chambre où jadis chantèrent mille oiseaux. Je lève maintenant le store de roseaux ; Le double volet vert sur la muraille claque. Le soleil a plongé dans le soir d’écarlate Comme une abeille en or dans un coquelicot ; Et la lune déjà, comme un jaune escargot, A quitté la colline et glisse au ciel d’automne. Ce n’est plus vous, vous qui m’aimiez au premier tome, Hélas ! ce n’est plus vous, cette nuit, qui viendrez Appuyer sur mes yeux votre visage frais… Croyez que le mot frais n’est pas là pour les rimes ; J’abandonne ces pirouettes puériles (Qu’hier encore j’exécutais ivre d’azur Facile) pour pleurer avec tristesse sur Les pauvres hommes que nous sommes, si nous sommes Car il est dans mon cœur, car il est dans les saules Un oiseau de cristal que j’écoute gémir Sous l’ombre bleue, un rossignol, un souvenir…
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