French poem
La lune se répand sur les blanches prairies
by Tristan Derème (1889–1941)
La lune se répand sur les blanches prairies, Mais je veux dans mes bras ce soir que tu souries Et que d’un cœur gonflé de jeunesse et d’amour Tu goûtes la beauté de l’ombre après le jour, Car nous remémorant l’azur, ô toi qui n’aimes Que les prés attiédis et les fraîches tonnelles, Dans la lueur lunaire encore nous verrons La lumière, le chœur ivre des moucherons, La cage de roseaux suspendue au platane Et l’ombre violette où le paon vert étale Rouge, bleue et dorée une roue en émail, Le bouc apprivoisé sous les branches du mail, La neige des brebis et les genêts de soufre, Les feuillages légers et l’air tendre qui souffle Dans l’herbe d’émeraude et le trèfle incarnat. Angélus. Souvenirs. Cloche et pensionnat. La lune sur le toit glissait sa blanche corne, Sous les tilleuls nouveaux tu sautais à la corde En écoutant gémir de vagues pianos Dans la cour où déjà se taisaient les moineaux. Tu cousais mes billets aux volants de tes robes… Les mésanges de juin s’endorment sur les roses Et près de toi je songe à tous les rossignols Dont la voix enivrait les jasmins espagnols Aux jardins de jadis dans la nuit odorante Où la lune roulait comme une rouge orange.
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