French poem
La vie est douce encore à ceux qui savent vivre
by Tristan Derème (1889–1941)
La vie est douce encore à ceux qui savent vivre Et tirent de leurs maux de puissantes liqueurs ; Suspendez ce fracas, ce tambour et ce cuivre : Il n’est besoin de cris pour émouvoir nos cœurs.
Ne me reprochez pas de vivre solitaire ; Mais dans ce bleu jardin au feuillage léger Où la rose fleurit près de la serpentaire Pour un songe amical j’ai de quoi vendanger.
Je fume sagement ma vieille pipe à l’ombre D’un arbre blanc et vert, sonore et japonais ; Eh ! pourquoi penserais-je à quelque heure plus sombre, À d’anciens printemps qui sont déjà fanés ?
Celui-ci me déchire et cet autre me loue ; Mais qu’importe ? Demain, les grappes mûriront. Laissez-moi dans ces jours que le destin m’alloue De funèbres rameaux ne pas ceindre mon front.
Dois-je encore pleurer ? Qui faut-il que j’envie ? Cette glycine en fleur s’enroule au cyprès noir ; Amie aux beaux cheveux dont l’amour est ma vie, N’ai-je pas les bras nus qui m’enivrent le soir ?
Bientôt, les escargots endormis sous les fraises, Un chœur de rossignols charmera mon loisir ; Mais déjà renversée et dans l’ombre tu baises Les roses de juillet en riant de plaisir.
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