French poem
Les bouleaux du matin sous quoi tu te recueilles
by Tristan Derème (1889–1941)
Les bouleaux du matin sous quoi tu te recueilles Balancent leur fraîcheur et leur blanc flot de feuilles Déferle en bruissant aux rives de l’été. De jaunes moucherons nagent dans la clarté. Un rayon de soleil pique ta jambe nue. Une fouine d’un saut traverse l’avenue. Une guêpe a touché ces genévriers verts. Aux Marcou du futur laisserai-je trois vers ? Un jour les écoliers penchés sur leurs pupitres En écoulant vibrer les mouches sur les vitres Trouveront-ils au fond des collèges moisis Une page de moi dans leurs Morceaux choisis Et verront-ils trembler à l’entour de la chaire Ce feuillage d’argent sur la verte fougère Et ce bleu liseron qui s’enroule à ta main ? Pourquoi rêver ainsi qu’au soleil de demain Ta gloire s’ouvrira comme une douce ombrelle Et que ta voix pareille à cette tourterelle Roucoulera longtemps ta peine et ton amour ? Journaux, parlerez-vous de mes livres et pour Derème écrirez-vous une nécrologie Quand l’aile du destin soufflera sa bougie ? Qu’importe ? N’ai-je pas cette aube que je bois, Ce matin bourdonnant, ces feuilles et ce bois Et toi qui dans tes bras endors toute amertume ? Qu’un autre pour l’honneur d’une palme posthume Ferme ses contrevents sur les jardins fleuris Et meure dans son encre et dans ses manuscrits ! Mais moi qui sais jouer des cithares diverses Et goûter le soleil, la lune et les averses, Les roses de cristal sur les prés endormis, Je chante pour moi-même et pour quelques amis, Et j’écoute siffler l’air tiède dans ses flûtes En levant vers l’azur ma pipe et ses volutes Et sans me soucier sous ces arbres touffus Que dans quatre mille ans on sache que je fus.
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