French poem
Pour goûter au charme unique
by Tristan Derème (1889–1941)
Pour goûter au charme unique Qui jaillit de ton baiser, Diogène le Cynique Courrait se faire raser.
S’ils savaient ton regard, ivres Les sages silencieux Verraient s’ouvrir dans leurs livres Des pivoines et des yeux.
Et, mordus de quelles fièvres ! Secouant toge ou veston, Et sautant comme des lièvres, Ils crieraient : Où la voit-on ?
Dans leurs veines : escarboucles Liquides et plomb fondu, Tu les verrais pour tes boucles Poussant un cri éperdu,
Tous, contemporains d’Ulysse Et disciples de Bergson, Se rouler nus, ô délice ! Sur des peaux de hérisson
Car pour mordre à la grenade Rouge des désirs ouverts, Ils oublieraient la monade, Le noumène et l’Univers.
Ah ! Vivons ! La page écrite Ne vaut pas les lèvres qu’on Mord ! Vers l’amour ! Démocrite, Spinoza, Hegel, Bacon,
M. Durkheim, Xénophane, Vers l’amour, vous chanteriez, Sans archet ni colophane Violons extasiés !
Ah ! que pèsent hypothèses, Postulats, systèmes, lois ? Ne faut-il que tu te taises Ou que tu joignes ta voix
Au grand tumulte des choses, À l’amour qui fait ployer Les cigognes et les roses, La tulipe et l’épervier ?
Viens, et contre moi pressée, Aux brutes fais-moi pareil En écrasant ma pensée Sous la grâce d’un orteil.
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