French poem
Toi, tu ris, tu te renverses
by Tristan Derème (1889–1941)
Toi, tu ris, tu te renverses Sur le divan rouge et bas ; Tu n’as gardé que tes perles, Tes fourrures et tes bas.
Cet après-midi d’automne Chauffe l’ombre de la chambre ; Le vent siffle et tourbillonne Au verger couleur de cendre.
Mais tu ris, ma belle amie, Rose sur le divan rouge, Sans redouter que la vie Fane tes seins ni ta bouche.
⁂ Tu dors. Encore une fois, Moi je bourre cette pipe, Cette vieille pipe en bois Qui fume quand je soupire,
Cette pipe que Carco Noircit comme Pellerin Et qui régnera jusqu’au Sifflet de mon dernier train,
Jusqu’à l’heure où sous les fleurs Je m’en irai pour toujours Afin d’aller voir ailleurs S’il est de longues amours.
⁂ Des gazes lentes et bleues Environnent mon exil ; Ferai-je sur tes cheveux Une romance facile ?
Dois-je, injuriant le sort Et le jour qui nous éclaire, Vainement clamer encore Ce que mon cœur a souffert ?
Quand tu vas dans l’ombre noire T’éveiller en un soupir Je saurai du moins avoir La force de te sourire.
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