French poem
« C’est à coups de canon qu’on rend le peuple heureux »
by Victor Hugo
C’est à coups de canon qu’on rend le peuple heureux. Nous sommes revenus de tous ces grands mots creux : — Progrès, fraternité, mission de la France, Droits de l’homme, raison, liberté, tolérance. ― Socrate est fou ; lisez Lélut qui le confond ; Christ, fort socialiste et démagogue au fond, Est une renommée en somme très surfaite. Terre ! L’obus est Dieu, Paixhans est son prophète. Vrai but du genre humain : tuer correctement. Les hommes, dont le sabre est l’unique calmant, Ont le boulet rayé pour chef-d’œuvre ; leur astre, C’est la clarté qui sort d’une bombe Lancastre, Et l’admiration de tout peuple poli Va du mortier Armstrong au canon Cavalli. Dieu s’est trompé ; César plus haut que lui s’élance ; Jéhovah fit le verbe et César le silence. Parler, c’est abuser ; penser, c’est usurper. La voix sert à se taire et l’esprit à ramper. Le monde est à plat ventre, et l’homme, altier naguère, Doux et souple aujourd’hui, tremble. ― Paix ! dit la guerre.
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